l'art et la manière

Inutile de  mentir, je n’aime pas tout le monde. Je déteste même certain(e)s . Je ne me rabaisserai cependant pas ici aux insultes et autres écarts de langage. On peut gueuler en restant polie, non ?
Mardi 8 avril 2008

Paris je t’aime.

 

Je t’aime Paris, quand la colère gronde en tes flancs meurtris par les lances et les flèches des despotes. Je t’aime quand la Seine bouillonne de ta colère justifiée. Je t’aime quand ta foule assoiffée de justice se dresse en David contre Goliath. Je t’aime quand tes enfants se proclament « fils de Jaurès », « enfants de la Commune ». Je t’aime de te savoir debout ce matin, lavée de la boue imposée, grâce au courage de tes manifestants exaltés.

Et que des policiers français aient arraché des drapeaux tibétains (notre ministre de l’Intérieur vient de diligenter une enquête interne à ce sujet), comme s’ils étaient à la solde du dictateur étranger, ajoute à la valeur de ton geste, de ta révolte. Parisiens, que vous êtes beaux dans la révolte. Parisiens je vous aime !

 

Quarante ans après les dernières barricades, le lundi 7 avril 2008, notre superbe capitale a de nouveau résonné des appels à la liberté. Aisé de deviner, à travers les « Tibet libre ! » et autres « Libérez les dissidents chinois ! », la colère d’un peuple qui se refuse à avaler des couleuvres aux yeux bridés, fussent-elles drapées dans la soie olympique et dans les contrats économiques passés entre nos bourgeois ventripotents et leurs dirigeants. Car ne pensez pas que l’attribution des jeux servira le peuple chinois, elle ne servira qu’à asseoir davantage l’autoritarisme.

Les jeux ? Je ne suis même pas pour le boycott. La décision de les accorder à Pékin, tant il est avéré (et avoué) que les membres du comité profitent de largesses au moment du choix, se comprend par l’empressement du gouvernement à nous mettre sous le nez les contrats signés par nos industriels.

L’argent de ces contrats a une odeur : l’odeur de la sueur des ouvriers français spoliés, l’odeur du sang des ouvriers chinois réprimés.

 

Histoire

 

Avant, la flamme quittait Olympie pour le pays organisateur. Rien de plus normal que de passer le flambeau symbolique. En 2004, la Grèce (berceau de l’Olympisme) a fait un tour du monde avec la flamme ? J’ai personnellement trouvé cette initiative très belle, car nul doute que les Grecs avaient à l’esprit la volonté de rassembler derrière des valeurs sportives universelles. Et le monde était en fête. Le monde est en colère aujourd’hui.

Vous savez qui a imposé un parcours à ce symbole ? Goebbels, chef de la propagande hitlérienne pour les jeux de Munich en 1936. Quel précédent ! Maintenant, le gouvernement chinois n’a jamais caché sa volonté de s’approprier le symbole d’union sportive sur les cinq continents. Les hommes forts de Pékin, qui crachent à la face du monde depuis longtemps, ont imposé « leur parcours » comme une provocation.

Donc, sans remettre en cause la participation des sportifs aux épreuves en août, on peut s’étonner de voir des instances républicaines ouvrir nos portes à la flamme.

 

Douche froide à Paris pour la flamme du diktat chinois.

 

Les évènements de Paris, après Londres et avant les USA, m’ont rendu le sourire. Non : la fierté n’est pas morte en France. Les dirigeants chinois veulent nous faire sentir le souffle du dragon. Que le dragon prenne garde à l’esprit de révolte qui secoue la terre. Même les plus partisans de la répression dans leur pays respectif se taisent, font profil bas.

 

David Douillet pleure la fête gâchée ? S’il en avait autant dans la tête que dans les bras, il aurait refusé de porter la flamme, et de se prêter à cette mascarade. Car l’esprit olympique est là, dans cette capacité de faire ce qui est juste, de prôner les valeurs du respect. Pas de faire plaisir aux sponsors et aux organisateurs de jeux.

 

Puisque cette flamme devait à tout prix traverser le monde pour le plaisir malsain du gouvernement autocratique pékinois, je l’aurais fait porter par des flics et des militaires. L’image aurait alors été plus proche de la vérité de la place Tien an men.

 

Et puisque ces dictateurs font payer aux familles des condamnés à mort la balle assassine tirée dans la nuque de leurs fils, pourquoi ne leur enverrait-on pas la note du passage de la flamme à Paris ?

 

Pourquoi vous riez, les filles ? Être une faible femme n’empêche pas d’avoir des choses à dire.

par Jo publié dans : Je communauté : Culture Lesbienne
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