l'art et la manière

Inutile de  mentir, je n’aime pas tout le monde. Je déteste même certain(e)s . Je ne me rabaisserai cependant pas ici aux insultes et autres écarts de langage. On peut gueuler en restant polie, non ?
Mercredi 12 mars 2008
Merci Madison pour ce merveilleux article
Les troubles puis les émois, je les ai ressenti aussi, tout comme toi. Les regards étonnés puis soupçonneux, je les ai subis, tout comme toi. Pourquoi ne pas enchaîner, raconter aussi « mes prémices » ? Notre amie vient de lancer une image du passé dans notre ciel, je propose de lui emboîter le pas, et de raconter nous aussi nos premiers pas balbutiants, nos premiers coups de cœur, ces souvenirs marquants de femmes que nous n’étions pas encore, mais qu’inconsciemment sans doute nous souhaitions devenir.
 
La première fois qu’une fille m’a subjuguée, j’avais à 8 ans, en colonie de vacances. Souvenir fugace d’un petit ange avec qui je passais les journées d’un été merveilleux. On était inséparables, malgré les tentatives désespérées des garçons pour nous accaparer l’une et l’autre.
Ne me demandez pas son prénom, ma mémoire a tiré un trait. Reste l’image d’une blondinette enjouée dans une petite robe pastel, qui refusait de mettre des pantalons même quand les moniteurs nous emmenaient crapahuter en forêt.
Au dortoir, chacune dans nos lits à la fois proches et si éloignés, on s’endormait en se tenant la main. J’ai été malade pendant deux jours ? Qu’importe, elle a passé deux jours à l’infirmerie avec moi. Et l’infirmière s’est résolue à lui mettre un petit lit près du mien.
Puis, vers la fin des trois semaines, on a travaillé ensemble un duo pour le rituel concours de chant. Là aussi le temps passé ensemble nous était précieux. On accordait nos voix, main dans la main, du matin au soir, jusqu’à nous couper de tout ce qui n’était pas « nous deux ».
Le grand moment arrivé, sur l’estrade devant tout le monde (directrice, encadrement et élus locaux compris), elle a posé ses lèvres sur ma joue après notre prestation. On s’embrassait souvent ainsi, en toute innocence. Mais là, devant ce parterre d’enfants et d’adultes, j’ai ressenti dans ma poitrine ces mains invisibles qui étiraient mon cœur, jusqu’à lui faire prendre toute la place.
Deux jours plus tard, on se séparait (on nous séparait) à la descente du car, en larmes, pour ne jamais se revoir. Nos mains s’accrochaient l’une à l’autre à en avoir mal, j’étais si affolée à l’idée de rentrer à la maison « sans elle » que j’en détestais mes parents, les siens, la terre entière. Malheureusement, les adultes ont gagné.
 
La mémoire est une chose bizarre. Je ne saurai vous dire ce que j’ai reçu en cadeau d’anniversaire ou à Noël cette année-là, ce qui me faisait planer ou m’horripilait. Reste un souvenir unique ancré en moi pour l’éternité.
par Jo publié dans : Elle communauté : Homo sensualité ..
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