l'art et la manière

Inutile de  mentir, je n’aime pas tout le monde. Je déteste même certain(e)s . Je ne me rabaisserai cependant pas ici aux insultes et autres écarts de langage. On peut gueuler en restant polie, non ?
Lundi 10 mars 2008
On se rappelle toutes de l’épopée chevaleresque de Djou L’Ail et de sa bande, lors d’une soirée mémorable. Alors voici une histoire, qui n’est pas sans rappeler le ton de notre amie. Djou, prends ces quelques lignes pour un hommage à ton talent de conteuse.
 
Il était une fois, dans la grande forêt d’Over-blog, une poignée de damoiselles qui se partageaient quelques giga-octets du vaste univers du web. Chacune vaquait à ses occupations, puis se baladait de-ci de-là, passant chez l’une ou chez l’autre, tenant des discussions sur divers sujets ou laissant un petit commentaire. Bien que toutes différentes, elles avaient en commun l’amour de la Femme. La vie s’écoulait simplement, rythmée par les cris et les rires, les aventures et les pensées profondes.
 
De son château élyséen, le roi Sarkosinistre – élus par une majorité de nantis et d’ignares – peinait à supporter l’émancipation des sujettes. Car le seul fait de fermer les yeux revenait, dans son esprit aussi malin que mesquin, à faire preuve de faiblesse.
- Comment ? Des femmes vivent avec des femmes, manqua-t-il de s’étouffer.
- Oui, Mon-saigneur. Elles disent qu’elles n’ont pas besoin de nous.
- Et comment font-elles ? Elles n’ont pas d’enfants ?
L’éminence grise caressa d’une main distraite la croix en pendentif autour de son cou. Les colères de son maître l’effrayaient.
- Certaines en ont eu, avant. Et puis le grand concile, auquel vous devez rendre des comptes, leur permet maintenant d’adopter des petits orphelins.
Malheureusement, Sarkosinistre ne s’étouffa pas.
- Allez chercher ces donzelles ! Je vais leur montrer qui est le maître, aboya-t-il.
Les sbires se mirent en route aussitôt, préférant se taper des heures supplémentaires que d’affronter l’ire du roi. Pourtant, le ministère rechignait trop souvent à les payer, ces heures.
 
Glory Hole se promenait, clamant des poésies destinées à son amour tout neuf, et cherchant une formule mathématique afin de calculer la distance entre sa main et les fesses de sa dulcinée.
- Toi ! Qu’est-ce que tu fais dans le coin ?
Surprise, la belle dissimula sa contrariété devant les gêneurs en grand uniforme sur leurs fringants destriers.
- Je suis sage. Je joue avec mes copines, répondit-elle sans se démonter.
- Evidemment, cria le chef de la milice. Et moi je ne sers à rien ?
- Ben… non !
Plus de doute, les cerbères tenaient un premier élément subversif.
- C’est ce que nous allons voir. Emparez-vous d’elle !
Les gardes se saisirent de la jeune femme avant qu’elle ne puisse réagir, et l’enfermèrent dans la cage tirée par deux chevaux noirs.
 
Catharina qui, rentrant de l’Oise, passait par là, se précipita vers la source des cris et protestations. Quelle ne fut pas sa stupeur de voir une de ses voisines emprisonnée, telle une mécréante. La verve de Glory Hole lui avait sans doute attiré quelques ennuis.
- Un problème, monsieur l’officier ?
- Toi ! Qui es-tu ?
La fermeté du ton incita la jeune femme au calme, sans doute l’unique moyen d’apprendre la raison de tels agissements.
- Je suis la Mosaïque humaine. Tout le monde me connaît dans le quartier.
- Ah bon ! Toi aussi tu…, balbutia-t-il. Tu aimes les femmes ?
- Oui. Pas vous, officier ?
La colère empourpra les joues recouvertes d’un poil noir sous le casque brillant. Au moins, aucune pour l’instant ne dissimulait ses tendances.
- Si, bien sûr ! Mais vous, vous n’êtes pas censées aimer des hommes peut-être.
- Pourquoi ? On ne dérange personne, clama Catharina. Vous n’avez pas de mission plus importante que de nous faire du mal ?
Non, le chef de la milice n’allait pas s’épuiser dans un débat qui ne l’intéressait pas. Son maître payait (mal mais un peu tout de même), lui obéissait. Les gardes réagirent à la première sollicitation, s’emparèrent de la jeune femme, et la jetèrent dans la cage.
La Mosaïque humaine chercha auprès de sa compagne d’infortune la raison de leur interpellation, car raison il devait y avoir.
- Tu sais ce qu’il se passe ?
- Pas trop, susurra Glory Hole. Ça ressemble à une rafle.
L’horreur se peignit sur les traits tirés de Catharina. Rafle… ce mot possédait une connotation particulière, comme ségrégation, « Veldiv », purge, concentration, extermination.
- Tu crois que c’est parce que… bégaya-t-elle, espérant de tout cœur se tromper.
- A entendre les questions qui nous ont été posées, je ne vois rien d’autre.
Les filles s’accrochèrent aux barreaux de la cage, quand les chevaux noirs se mirent au trot, poussés par la cravache du cocher.
 
Le roi Sarkosinistre attendait des nouvelles d’importance. Beaucoup de ses sujets remettaient en cause ses décisions, et des foyers d’insurrection éclataient un peu partout.
- Qu’est-ce qu’ils veulent tous, à la fin. Je leur ai promis du changement, ils en ont.
L’éminence grise, dont le regard de fouine ne quittait jamais le dallage de la salle du trône en présence de son maître, se racla la gorge, et répondit.
- De la liberté, de la fraternité…
- Et pourquoi pas de l’égalité, s’insurgea le dictateur. Je suis le roi, que diable ! Ils ne veulent pas que je bosse à leur place, tout de même. Et cette histoire de… femmes avec des femmes, où en est-on ?
 
A suivre
par Jo publié dans : Nous communauté : Culture Lesbienne
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