Je rentre jeudi à 17 h 05, décidée à me faire pardonner mon silence de la veille.
Car la veille, donc mercredi, Roxy s’est distinguée. J’avais pris soin de tout planquer, de ne pas laisser traîner une savate, de cacher les fils de
l’ordi et du téléphone. Et croyez que se taper le ménage en grand au réveil, je m’en passerais volontiers. Donc, après une dure journée de labeur qui m’a permis de réfléchir à un élément
déterminant de notre avenir (ce qu’on va faire ce week-end), je rentre l’esprit libéré. Que vois-je !
Figurez-vous que la demoiselle a joué à la dentellière. Elle a redessiné à sa manière le bas des rideaux du salon. Et qu’on évite de me dire que ce
n’est pas elle, qu’un petit lutin malin et toutes ces foutaises… Donc j’oublie de faire un article, je mets le blog entre parenthèses, et me tourne vers la coupable qui me la joue à l’innocence
vertueuse, quand les preuves du délit sont suspendues telles des guirlandes dans son pelage. Son regard s’accroche au mien, je crois l’entendre murmurer :
« C’est pas mieux comme ça ? »
Non, Roxy ! C’est pire. D’accord, ils étaient pas terribles nos rideaux. Mais maintenant ils ne ressemblent plus à rien.
La voila assise (toujours de travers) sur son postérieur, à distance respectueuse, en train de me dévisager comme si je venais de sortir une connerie.
Que faire. Appeler police secours ? Prévenir l’assistance publique qu’on va jeter notre enfant à la rue ? Le temps passe, on reste face à face comme deux inconnues, moi avec le regard
dur, elle avec son regard de cocker (ce qu’elle est après tout), quand arrive ma tite Sonia, qui se fend la poire de nous trouver ainsi.
Aussitôt la chienne se précipite dans ses bras. Pas bête l’animal de trouver refuge là où ma colère assassine ne peut l’atteindre. Et vas-y que je te lèche, que je
gémis de contentement. Euh… sois honnête, Roxy, tu gémis plutôt de soulagement. D’ailleurs je crois encore l’entendre murmurer :
« Essaie de me toucher maintenant ! »
Arrête de me snober ainsi, c’est dans les bras de « ma » chérie que t’es en ce moment, donc pas franchement à l’abri. D’ailleurs ma tite Sonia s’approche,
m’honore dans un même geste d’un baiser en guise de bonsoir et du corps tremblant du délit. Je bave déjà du plaisir de corriger la vilaine en toute impunité, quand la voix enjouée de mon chaton
gâche ma joie, de trop courte durée :
« Allez Roxy, fais un bisou à maman pour te faire pardonner. »
Et l’autre de s’exécuter à grands coups de langues, toute heureuse de s’en tirer à si bon compte. Evidemment la colère retombe. Je me décide à aller lui acheter un
ou deux jouets en plastique, super pour se faire les dents sans causer de dégâts.
Je rentre hier soir pour vous narrer tout cela, et… bien voilà, car il m’a fallu une nuit pour digérer la surprise. Je n’ai hier que réussi à laisser un petit com
sur un article merveilleux. Alors tant pis si le mien se retrouve en ballottage à cause du décalage horaire, si vous lisez vendredi ce qui s’est passé mercredi, si Roxy décide de s’en prendre aux
rideaux de la cuisine ou de notre chambre.
Quand la personne qu’on a choisie vous offre un cadeau pareil, annonce au monde entier la puissance de ses sentiments, le reste n’a que peu d’importance.