Nous avons décidé de promener Roxy le soir après dîner ensemble. Pas peur du noir ni des mauvaises rencontres, juste pour savourer un instant romantique. On arrive
donc dans un petit parc, bien connu de nos amis à quatre pattes pour son herbe tendre et son bac à sable (interdit aux enfants) en guise de toilettes. Oui, certaines municipalités investissent
dans le confort canin.
Pas grand monde avec un ciel si bas qu’on pourrait l’effleurer en levant la main. Un garçon d’une dizaine d’années joue avec un « je ne sais pas comment le
nommer », style gentil corniaud. Evidemment l’apparition de notre boule de poils dans le terrain de jeu change la donne, et le chien laisse tomber son jeune maître sans remords
apparents.
Le gamin esseulé nous sourit. Oups ! La tite souris n’a pas chômé ces derniers temps. Après un bonjour poli et jovial, notre Denis la malice s’attarde
une seconde sur nos mains enlacées pour les tenir au chaud. Et puis on en a déjà parlé, pas d’hypocrisie.
- Mon chien est très gentil, zozote-t-il à cause de ses quenottes manquantes.
On n’en doutais pas un instant. Les deux bestiaux font connaissance, la petite courant après le grand qui se laisse volontiers rattraper, et renifle le derrière de
Roxy. Doucement, ne vas pas te faire un film là. Elle est trop jeune encore.
Pour l’instant, Denis la malice paraît intrigué par la proximité de ma Sonia, amoureusement accrochée à ma main.
- C’est laquelle de vous sa maman ?
Bon ! Le ton reste celui de la conversation sympa. Et puis on ne va pas se sentir agressées dès qu’on aborde le sujet, surtout par un moyen aussi gentillet. Je
réponds, sûre de moi :
- C’est nous deux.
Pas de rire chez notre jeune interlocuteur, nulle moquerie n’éclaire son visage blafard sous la bruine. Il fait preuve au contraire d’une étrange
circonspection.
- Ben dans ma classe, y a un copain qu’a deux mamans aussi. Elles sont vachement cool.
Nous voila rassurées, Denis la malice ne verse pas dans la discrimination. Des fois les parents devraient imiter leurs chérubins.
- Et vous, vous avez des enfants ?
C’est alors que la main dans la mienne devient moite. Je vous jure, et pas à cause du ciel qui déverse son fiel sur la terre. Moite et chaude, que dis-je, brûlante.
Bien entendu, ma tite Sonia répond :
- Pas encore.
Zut ! Le ton de sa voix ne laisse guère planer de doute. Est-ce à cause du débat des Geek sisters ? A cause de la condamnation de la France par l’Europe
pour l’adoption ? Soit je ne comprend plus le français, ou je dois m’attendre à… Alors je vais lui expliquer calmement, qu’elle élève d’abord notre Roxy, qu’elle l’amène à s’épanouir dans
ses aspirations canines. Pour le reste on verra plus tard… peut-être. Me sens pas prête du tout, moi. Tant que mes ovaires me foutent la paix, on ne va pas se forcer, hein !