Peut-être me direz-vous "un article pour ne rien dire". Alors à quoi sert un blog ? J'aimerai vous parler du jour, plutôt du soir, où mon chaton et moi avons décidé de nous donner la main dans la rue.
Un quiproquo dans un bar, une dispute, Sonia fout le camp. Les copines tentent de me rassurer, de remettre le débat sur la gay pride à l'ordre du jour (c'était en 2005), peine perdue. Les heures défilent sans espoir.
Seule dans l'appart – ma douce n'est pas rentrée – la panique s'empare de moi. Je ne peux pas rester là, à attendre un hypothétique signal. Un tour en voiture, et je me retrouve au pied de l'immeuble de ses parents. Il y a de l'eau dans le gaz depuis que Sonia a fait son coming-out, mais peut-être s'y est-elle réfugiée quand même.
Décidée à attendre le matin, je réfléchis, quand un visage ingrat se colle à ma vitre. Imaginez ma peur. J'ouvre la portière à la volée, le type tombe. Au moment de démarrer, deux autres se foutent devant le capot, une arme à la main. Bref, je viens de bousculer un flic qui se demandait ce que je faisais là à 3 h du mat.
La nuit au commissariat, des explications à n'en plus finir, j'en sors à 8 h le dimanche matin. Premier réflexe : appeler à la maison. En vain. Deuxième réaction : foncer chez mes parents.
Maman me fait asseoir dans la cuisine, sèche mes larmes (interdiction de rire), me demande de faire moins de bruit. Merde alors ! Ma copine s'est barrée, j'ai passé la nuit chez les keufs, et on me demande de rester calme. Avouez qu'il y a des jours…
Et ma petite mère m'explique que je dois être attentive à Sonia, que la pauvre souffre à cause du rejet de ses parents, de ne pas lui en vouloir. En un mot, elle se fait son avocate. Eberluée, je lui en demande la raison. Une main ferme prend la mienne, m'entraîne à la porte de ma chambre d'ado inutile depuis que j'ai un appart. Elle me demande une nouvelle fois le silence avant d'ouvrir la porte.
Et là, miracle, mon chaton dort. Sa respiration sifflante prouve les sanglots qu'elle a versés de son côté. En fait, l'amour de ma vie est venu se réfugier chez mes parents aussitôt après notre dispute, consciente de trouver en maman une écoute attentive. Crevée, je me couche aussi. Elle se colle à moi, et me dit avant de se rendormir : "je t'aime".
Le soir en rentrant – on a passé la journée chez mes parents – on discute calmement entre le parking et l'appart. Et sa main se glisse dans la mienne dans la rue. Elle m'explique que ma réaction l'a blessée. J'avais cru qu'elle notait le n° d'une nana sur son portable. Sonia me dit : "réfléchis, je le ferais devant toi ?" C'est vrai que je suis conne quand je m'y mets.
Depuis, on se donne la main, ou le petit doigt dans certaines occasions. Mais on se tient. Pas pour se donner en spectacle, juste car on s'aime, et qu'on trouve important de le faire sentir à l'autre.
Et on nous
demanderait de "faire nos cochonneries" à l'abri des regards ? De qui se moque-t-on. Amour ou violence, que préfère la société ?
Et vous, quelle photo
préférez-vous ?